« Ainsi, le fleuve est un objet vivant culturel non seulement comme porteur d’une mémoire sociale, de légendes, ou de pratiques identitaires, et donc comme patrimoine culturel au sens courant du terme (…) mais comme structurant en profondeur l’identité même, au sens anthropologique du terme, d’une catégorie particulière d’hommes : les « hommes du fleuve », qui ont, coulant sans arrêt devant eux une véritable métaphore du temps qui passe, et une autre de la frontière et du passage (le Rhin…) et une autre encore qu’ils partagent celle-là avec les hommes de la mer et des lacs, du fond et de la surface… » [1]

- Jouteurs à Saint-Just
- © J. Verrier - GRAL
Les patrimoines du fleuve, au sens de l’héritage d’un groupe, de biens matériels et immatériels, sont variés : patrimoine naturel, paysages, patrimoine fluvial au sens strict, patrimoine culturel et ethnologique et patrimoine dit « associé », etc.
Dans le cadre de projets de valorisation, le patrimoine peut devenir un outil de légitimité et de construction des territoires. Cela recoupe avec la notion de patrimoine ressource développée par Jean Davallon et « recouvre un patrimoine en devenir, c’est-à-dire un ensemble d’éléments matériels ou immatériels qui possèdent un certain nombre de potentialités. En fait, ces potentialités peuvent être de deux ordres : le patrimoine peut être une ressource symbolique pour une communauté en tant qu’il est reconnu comme un bien commun (ce qui se traduit concrètement par le sentiment qu’il possède une valeur et par un attachement à lui), mais il peut être aussi une ressource pratique et être utilisé à des fins touristiques par exemple. On comprend que considérer le patrimoine comme ressource oblige à prendre en compte -comme objet de travail- les institutions qui le conservent, mais aussi le valorisent en direction des publics » [2]
Les modalités d’interprétation du patrimoine fluvial peuvent être :
- La muséographie : mise en exposition de collections, d’une histoire , d’un discours (ex : réseau des Maisons de Loire), centre d’observation et d’interprétation (ex : Ecopôle du Forez),
- La réappropriation des bords du fleuve : par la restauration de milieux naturels, la pratique sportive (Véloroutes Voies Vertes, le canoë-kayak), le déplacement (les cheminements, les sorties nature, les croisières),
- Les manifestations festives : le Festival de Loire à Orléans, le Festival des « 4 éléments » dans le Roannais, les guinguettes, etc.,
- L’approche artistique : la peinture, la littérature, la poésie, la photographie (ex : « Rivière d’images et fleuves de mots »)
Itinéraire autour du patrimoine fluvial roannais
René Fessy, journaliste à Europe 2 et passionné du fleuve, réalise des photo-reportages sur la Loire qu’il expose en de nombreux endroits. Fort de sa connaissance du fleuve, il nous a fait découvrir son port, le canal de Roanne à Digoin, le pont sur la Loire, la digue, le projet de cheminement « Bords de Loire en Roannais », etc. Charles Berg et Jean Georges, deux passionnés et plaisanciers nous ont également fait partager leurs connaissances sur ce port, le plus intérieur de France.

Une halte à la résidence seniors La Chacunière nous a permis de découvrir l’exposition Peuplades ligériennes. Cette exposition a permis, sous l’initiative de Jean-Marc Baudinat, directeur de la résidence, d’évoquer les souvenirs du fleuve avec les plus anciens.
Les participants ont ensuite partagé un repas à la Taverne Alsacienne avant de se retrouver dans la salle de la capitainerie pour un recueil d’expériences sur les projets de valorisation du patrimoine fluvial.
Le projet de renouvellement de muséographie du Château de la Roche - Marie Bonin [3]
Le château de la Roche, situé à St-Priest-la-Roche dans les gorges de la Loire entre Balbigny et Roanne, est le premier château situé sur le cours supérieur du fleuve.
Site remarquable très remanié au cours des siècles (XIII, XVIII et XX ème siècles), le château emprunte un style gothique propre à l’époque romantique. En vue de la construction du barrage de Villerest, le château a été racheté par EDF pour le démolir, mais la mobilisation des riverains permettra de le sauver. L’association des Amis du Château de la Roche sera créée en 1992 et le château ouvrira ses portes au public en 1996.
Il reçoit aujourd’hui entre 12 et 15 000 visiteurs par an, ce qui en fait le troisième monument le plus visité du département.
L’offre touristique actuelle du château s’articule autour d’une exposition permanente (histoire du château, les crues, les gorges, etc.), d’exposition temporaires, de visites guidées ou encore d’un spectacle son et lumière très réputé. Le site est original, connu et représente aujourd’hui une emblème du patrimoine local ligérien. Il devient un outil de communication, notamment grâce au dynamisme de l’association et de son intégration dans les politiques touristiques. Néanmoins, le château a été très restauré, sans souci de conservation. Il ne possède pas de collection et les expositions intérieures sont variables. Il existe donc un écart entre l’allure extérieure et l’intérieur du château. En somme, le Château de la Roche est aujourd’hui une simple carte postale, limitée à une vision nostalgique qui empêche son véritable positionnement stratégique.
Un nouvel aménagement intérieur permettrait de proposer une offre originale et de qualité, tout en devenant un outil de développement local structurant l’offre touristique de proximité. Le projet s’oriente autour de la dimension symbolique et mythique du fleuve, ce qui ne recoupe pas avec d’autres sites du département. « L’imaginaire du fleuve » sera présenté sous l’angle romantique à travers la peinture du XIXème. Cette découverte artistique s’étendra à la perception sensible de l’environnement des gorges.
Aujourd’hui, la recherche de financements touche à sa fin, le projet d’intérêt communautaire [4] est confié à un nouveau bureau d’étude et de nouveaux scenarii seront proposés prochainement.
La reconstruction d’une ramberte et l’animation de son chantier - Jacques Berland, Denis Martin, Henri Plasson, Bernard Rondard [5]
L’association « Ensemble à Villerest » a été créé en 2001. Elle développe des actions en lien avec le citoyenneté sur l’organisation de la vie publique, avec l’histoire et le patrimoine, avec la solidarité.
L’association s’est ainsi engagée en 2005 dans le projet de reconstruction d’un bateau de Loire, une ramberte. Baptisée « Péronnelle », elle rappelle le passage difficile du Saut du Perron dans les gorges.

- Mise à l’eau sur le plan d’eau de Villerest
- Photo Association « Ensemble à Villerest »

- Présentation de la ramberte au festival de Loire
- Photo Association « Ensemble à Villerest »
Ce projet fait résonance avec l’exposition réalisée en 2002 par l’association « Le Barrage de Villerest, vingt ans après ». L’objectif est de créer une dynamique en valorisant une identité locale et en fédérant les habitants d’un même village. Appuyé par un travail de recherche conséquent, la reconstruction de la ramberte a nécessité 10 charpentiers pour près de 800 heures de travail.
Le projet est labellisé Plan Loire Grandeur Nature, bénéficie de nombreux soutiens [6].
Henri Plasson nous rappelle les grandes étapes de ce projet :
- Mars 2005 : ouverture du chantier
- 14 juillet 2005 : Mise à l’eau.
- Septembre 2005 : participation au Festival de Loire à Orléans
- Projet de participation au festival de Nantes en 2006
L’association souhaite que Péronnelle soit l’objet d’activités pédagogiques ou d’autres animations, sinon elle sera brûlée comme ses ancêtres.
Présentation de l’ensemble funéraire gaulois et antique de Tassin / Bel-Air (Marclopt, St-Laurent-la-Conche, Loire) - Marie-Agnès Gaidon-Bunnel et Soizic Le Rohellec [7]
C’est dans le cadre d’un diagnostic archéologique, au lieu dit Bel Air, sur la commune de St-Laurent-la-Conche, qu’un des agents de l’INRAP, Vincent Georges, a mis au jour en août 2003 les vestiges d’une sépulture aristocratique gauloise datant du Ier siècle avant J.-C.
Le site découvert est un dépôt de crémation d’un personnage important de la société gauloise aux alentours de 100 avant J.-C. En effet, le défunt était installé avec ses effets personnels et des objets d’apparats sur un bûcher. Vincent Georges y a donc trouvé, à trente centimètres d’épaisseur, des ossements brûlés du défunt, des pièces de viande du banquet, des morceaux de vases peints, des pièces du char d’apparat, etc. Il s’agit d’un unicum dans le département.
En somme, l’étude de l’ensemble funéraire de Bel-Air va enrichir notre connaissance :
- Des élites celtiques enracinées le long du fleuve,
- Du faste des grands banquets funéraires ségusiaves,
- D’un large panorama de savoir-faire techniques (métallurgie, dinanderie, véhicule hippomobile, peinture, etc.),
- D’une occupation aristocratique distante des grands habitats de plaine et des oppida.
- Du développement multiséculaire des domaines fonciers de tradition celtique en contexte fluvial ligérien. Le musée d’Archéologie de Feurs est vivement intéressé pour accueillir les vestiges et les résultats de l’étude.
Les Véloroutes Voies Vertes (VVV)
Les VVV constituent un projet fédérateur, à l’initiative localement des collectivités et/ou des asssociations d’usagers cyclistes. En pratique : « un itinéraire cyclable à moyenne ou longue distance (pour des déplacements quotidiens ou de tourisme), linéaire (qui relie une ville A à une ville B de façon directe et touristique), continu (sans interruption, y compris dans les villes), jalonnée (uniforme sur son ensemble), sécurisé (sur l’itinéraire, aux carrefours, aux endroits accidentés…) et incitatif (mais pas obligatoire) ». D’un point de vue réglementaire, les VVV existent depuis 2004 (article R. 110-2 du code de la route).
En somme, les VVV correspondent à une infrastructure associé à des produits touristiques. Un des critères de qualité est justement la richesse touristique et patrimoniale du parcours. La mise en place de VVV correspond à des retombées économiques locales significatives : maintien d’emplois permanents dans le domaine des loisirs, des services et de l’aménagement, renforcement de l’attractivité touristique, offre de déplacements non-polluants (piétons, cyclistes, cavaliers, etc.), etc. Des possibilités de financements existent que ce soit dans le cadre des contrats de plan Etat-Région 2000-2006, des opérations de rénovation urbaine, du 1% paysage, des financements européens, etc. Les itinéraires du canal de Roanne à Digoin et le long du fleuve dans le département de la Loire ont été proposés dans le schéma régional des VVV. De même, le Conseil Général de la Loire a inscrit le projet de trans-ligérienne dans la seconde Charte Environnement. Enfin, des articulations avec le fleuve Rhône dans le cadre du schéma régional sont également à penser.
Contact : Jocelyn Vié - DDE - 04 77 43 31 40
Le site Internet interro_liens_callback
Jacques Chatignoux et Justine Ultsch ont ensuite présenté le site fleuve-loire et les modalités de participation à ce site collaboratif. En effet, toute personnes mobilisée, intéressée par le fleuve peut s’inscrire sur le site et proposer des articles et des brèves, qui sont ensuite soumises à débat avant publication. Le site peut donc constituer un outil de partage des connaissances sur les projets de valorisation du patrimoine fluvial, de diffusion des projets et des idées, et pourquoi pas de mise en place de partenariats.
Questions transversales
- La sécurité des publics sur tous les sites en bords de Loire Ce questionnement est réapparu lors de la présentation du projet du Château de la Roche (tous les ans, une possibilité sur cinq que le rez-de-chaussée soit inondé, et une possibilité sur 100 qu’il soit inondé jusqu’au deuxième étage). Depuis le 1er décembre 2005, le service de prévision des crues est à la charge de la DIREN [8] Centre à Orléans : quel relais au niveau local ? quelles mesures adopter par rapport à l’accueil de publics ? La gestion du site de l’Ecopôle du Forez présente les mêmes questions.
- Structurer la mobilité autour du fleuve Que ce soit pour la valorisation d’un site ou la création de Véloroutes Voies Vertes, l’importance de réfléchir aux parcours, de structurer l’offre touristique existante à été soulignée de nombreuses fois. le site interro_liens_callback présentera bientôt la possibilité de créer des cartes interactives sur les cheminements.
- Redécouvrir les métiers du fleuve, favoriser l’artisanat Le projet de reconstruction d’une rambert développé par l’association « Ensemble à Villerest » a permis de redécouvrir les savoir-faire liés au bois, à la ferronerie, etc. Un CAP de charpenterie marine a récemment été remis en route. Pourquoi ne pas animer un petit chantier naval à Roanne ?
- Importance de se retouver et d’échanger autour de ces projets Cet atelier a permis d’informer, d’échanger sur les projets de valorisation du patrimoine fluvial, notamment dans le Roannais. Un suivi est possible par la rédaction d’articles.
Personnes présentes
- Charles BERG - DDE Navigation - Magazine « Fluvial »
- Jacques BERLAND - Association « Ensemble à Villerest »
- Marie BONIN - Association des amis du Château de la Roche
- Pascale CAIRE - Communauté de communes du Pays de Charlieu tourisme
- Adeline CAZIER - Grand Roanne Agglomération
- Jacques CHATIGNOUX - Site Internet fleuve-loire
- René FESSY - Journaliste Europe 2 - Montage d’exposition photo
- Christiane FORTI- DDE cellule hdyraulique
- Marie-Agnès GAIDON-BUNNEL - DRAC Rhône-Alpes - Service Régional d’Archéologie
- Jean GEORGES - Plaisancier en retraite
- Elisabeth GUICHARD - Association des Amis du Château de la Roche
- Denis MARTIN - Association « Ensemble à Villerest »
- Anne-Isabelle MILLOT - Communauté de communes de Feurs en Forez
- Floriane MORENA - Etablissement Public Loire
- Soizic LE ROHELLEC - Institut National d’Archéologie Préventive (INRAP)
- Bernard RONDARD - Association « Ensemble à Villerest »
- Henri PLASSON - Association « Ensemble à Villerest »
- Pascal TOUZET - Agence Equipement Roannais
- André ULMER - FRAPNA Ecopôle du Forez
- Justine ULTSCH - DDE
- Françoise VALETTE - Syndicat mixte « le Roannais en Rhône-Alpes »
- André VINCENT - Maison du fleuve Rhône
Excusés
- Philippe AUCLERC - Magazine « Loire et terroirs »
- Georges BERNE - Président Office de tourisme Andrézieux-Bouthéon
- Christophe BETIN - DDE - Action de l’Etat et Etudes Générales
- Gérard BOL - DDE - Service Environnement Aménagement
- Claude CRETIN - Professeur émérite Université Jean Monnet
- Christophe FERRAGNE - DDE Subdivision de St-Just-en-Chevalet
- Peggy JIMENEZ - PAH Forez
- Bernard LE SUEUR - Musée de la Batellerie et association « Hommes et cours d’eau »
- Marie-Jeanne MAZEAU - SMAGL
- Laurent RUSSIAS - CG42 DARAT
- Philippe STEEGER - DDE - Cellule hydraulique
- Gérard VACHEZ - Amis du rail du forez
- Jocelyn VIE - Chargé de mission déplacements - DDE
- Charles-Henri VIGOUROUX - Adjoint au maire de Mably






