Le fleuve, un lieu commun qui embarasse

Rassembler les professionnels et les élus concernés pour échanger sur de bonnes pratiques en la matière. Intégrer le fleuve ou la rivière dans ses fonctions : transit, identité locale, passage entre quartiers, développement touristique, desserte de proximité avec des modes doux… la plupart du temps une véritable gageure, tant le complexe vient de la technique, du symbolique, du fonctionnel.

En tête

Vos codes d'accès

Repères

Contenu

Informations pour votre compte(33)
Osons adopter une posture nouvelle

Le fleuve, un lieu commun qui embarasse

C’est un lieu commun de dire que la plupart de nos grandes villes se sont installées puis développées au bord de l’eau, que ce soit celle des rivières ou celle du littoral. Mais c’est aussi un paradoxe : le fleuve a été à la fois un obstacle à franchir et un axe de communication, souvent unique, avant l’apparition des réseaux routier et ferroviaire.

Une dichotomie « attirance-répulsion »

Mais le fleuve n’était pas seulement un axe de transport : il répondait également aux besoin des activités grandes consommatrices d’eau (tanneries, papeteries) ou utilisatrices de son énergie (les minoteries). Le fleuve a donc occupé une grande place dans l’histoire des villes et avec lui toute la symbolique de l’eau, renvoyant elle-même à de nombreuses images : source de vie mais aussi source de mort lorsque le fleuve débordait ou véhiculait les invasions.

Comme le note Gabriele Lechner, la dichotomie « attirance-répulsion » est observée de manière quasi-générale au fil des siècles et à travers des cultures très différentes. Le fleuve et ses eaux, porteurs du meilleur comme du pire, ont induit des comportements qui ont façonné et continuent de le faire, l’image de nos villes.

L’histoire de nos villes illustre bien cette dichotomie, à travers des scénarios souvent très proches :

  • Le fleuve est d’abord « exploité » (ports, activités utilisatrices de l’eau), tout en cherchant à préserver la ville (fortifications, digues) ;
  • la ville ouvre ses façades à l’activité portuaire qui en fait la richesse ( place Royale à Bordeaux ou place de la concorde à Paris) ;
  • mais le port quitte la ville et va s’installer à l’extérieur, en laissant une friche embarrassante, ouverte à une occupation mal maîtrisée.
    Les activités industrielles implantées sur les rives du fleuve, en quête d’espaces et générant une pollution de moins en moins supportée, font de même.

Le fleuve embarasse

Le fleuve lui-même, dégradé par la pollution urbaine et industrielle, n’intéresse plus. Les documents de planification urbaine de ces dernières années traduisent bien cet état de fait : quand il n’est pas purement et simplement ignoré, le fleuve embarrasse.

  • Il embarrasse par ses caprices : les zones inondables et les zones d’expansion des crues génèrent des contraintes, perçues comme autant d’entraves au développement de la ville, souvent très mal acceptées par des populations qui, pourtant, sont de moins en moins disposées à accepter les risques encourus.
  • Il embarrasse par la grande sensibilité de son environnement vis à vis des activités humaines et par les friches qui subsistent de son exploitation passée.
  • Il embarrasse enfin, et pourquoi ne pas le dire, par la « singularité » qu’il représente et qu’il faut « franchir » pour assurer les échanges inter-quartiers.

Les villes du XXème siècle ont été marquées à la fois par cette désaffection pour le fleuve et l’essor de l’automobile : les berges de fleuves ont été conquises par les voies rapides qui offraient là un moyen commode pour atteindre le centre des villes quand elles n’ allaient pas jusqu’à assurer le transit. C’est également dans cette logique automobile que plusieurs rivières ont été couvertes pour offrir de nouveaux espaces à la circulation ou au stationnement.

Une tournure nouvelle

Depuis plusieurs années, la relation ville-fleuve a pris une tournure nouvelle : le cadre de vie urbain, la qualité de l’eau, le bruit, la qualité de l’air ont pris une place déterminante dans les réflexions d’urbanisme, déterminante parce que sous-tendue, il est vrai, par une demande sociale forte des citoyens.

  • Les premières démarches ont donc été logiquement des démarches de « reconquête environnementale », comme ce fut le cas à Orléans à travers son projet « Loire Trame verte », mais de nouvelles dimensions se sont révélées et continuent de se révéler.
  • Ainsi, la construction d’un 6ème pont sur la Seine à Rouen a été l’occasion d’engager une réflexion sur les relations entre la ville et son port fluvial, réflexion qui a conduit à la réalisation d’un pont mobile permettant l’accès des navires de croisière ou des « bateaux-musées » aux quais proches du centre-ville. Nous sommes loin des réflexions engagées en 1960 qui visaient à recouvrir la Seine pour étendre les surfaces offertes à la circulation et au stationnement !
  • Un peu partout, la création d’ itinéraires autoroutiers de contournement a relancé la réflexion sur une reconquête des berges du fleuve, occupées par une voie rapide. La prise en considération du fleuve, dans une logique territoriale a mobilisé de nombreux acteurs, institutionnels comme Voies Navigables de France, les Ports autonomes, les chambres de commerce et d’industrie, les communautés urbaines mais également les habitants de plus en plus enclins à faire entendre leurs voix, directement ou par l’intermédiaire de leurs associations, et à participer aux activités qui « mettent le fleuve en scène ».

Rôle de « fleuve-loire.com »

Sur un vaste territoire hautement symbolique, « fleuve-loire.com » a l’ambition d’ être un lieu d’échanges pour toutes les expériences vécues ou à venir :

  • expériences de reconquête des berges,
  • préservation de l’environnement,
  • valorisation du patrimoine immobilier, urbain ou industriel,
  • devoir de mémoire,
  • animation culturelle autour du fleuve et de ses berges etc …
    on voit que la liste est loin d’être exhaustive !
    Tout l’enjeu d’un tel site sera de structurer les thèmes sans perdre de vue leur référence commune : le fleuve !

Quelques liens :

le 17 mai 2007 par Andre Denis
modifie le 18 mai 2007
Mots clés associés